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D’ailleurs,
comme les individualités (humaines ou non) sont dans un
livre faites d’impressions nombreuses qui, prises de bien
des jeunes filles, de bien des églises, de bien des sonates,
servent à faire une seule sonate, une seule église, une
seule jeune fille ... Et je réaliserais enfin ce que j’avais
tant désiré dans mes promenades du côté
de Guermantes et cru impossible, comme j’avais cru
impossible, en rentrant, de m’habituer jamais à me
coucher sans embrasser ma mère ou, plus tard, à l’idée
qu’Albertine aimait les femmes, idées avec laquelle j’avais
fini par vivre sans même
m’apercevoir de sa présence ; car nos plus grandes
craintes, comme nos plus grandes espérances ne sont pas
au-dessus de nos forces, et nous pouvons finir par dominer
les unes et réaliser les autres. Oui, à cette oeuvre,
cette idée du Temps que je venais de former disait qu’il
était temps de me mettre. ... L’esprit a ses paysages
dont la contemplation ne lui est laissée qu’un temps.
J’avais vécu comme un peintre montant un chemin qui
surplombe un lac dont un rideau de rochers et d’arbres lui
cache la vue. Par une brèche il l’aperçoit,
il l’a tout entier devant lui, il prend ses pinceaux. Mais
déjà vient la nuit où l’on ne peut plus peindre, et sur
laquelle le jour ne se relèvera pas. Seulement, une
condition de mon oeuvre telle que je l’avais conçue
tout à l’heure dans la bibliothèque était l’approfondissement
d’impressions qu’il fallait d’abord recréer par la mémoire.
Or celle-ci était usée (TR)
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