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(la
serviette) Et je ne jouissais pas que de ces couleurs, mais
de tout un instant de ma vie qui les soulevait, qui avait été
sans doute aspiration vers elles, dont quelque sentiment de
fatigue ou de tristesse m’avait peut-être
empêché
de jouir à Balbec, et qui maintenant, débarrassé de ce
qu’il y a d’imparfait dans la perception extérieure,
pur et désincarné, me gonflait d’allégresse (TR)
(...) De sorte que ce que l’être
par trois et quatre fois ressuscité en moi venait de goûter,
c’était peut-être
bien des fragments d’existence soustraits au temps, mais
cette contemplation, quoique d’éternité, était fugitive.
Et pourtant je sentais que le plaisir qu’elle m’avait,
à de rares intervalles, donné dans ma vie, était le seul
qui fût
fécond et véritable. Le signe de l’irréalité des
autres ne se montre-t-il pas assez, soit dans leur
impossibilité à nous satisfaire, comme par exemple les
plaisirs mondais qui causent tout au plus le malaise provoqué
par l’ingestion d’une nourriture abjecte, l’amitié
qui est une simulation puisque, pour quelques raisons
morales qu’il le fasse, l’artiste qui renonce à une
heure de travail pour une heure de causerie avec un ami sait
qu’il sacrifie une réalité pour quelque chose qui n’existe
pas ... soit dans la tristesse qui suit leur satisfaction (TR)
(...) J’avais trop expérimenté l’impossibilité d’atteindre
dans la réalité ce qui était au fond de moi-même ;
que ce n’était pas plus sur la place Saint-Marc que ce
n’avait été à mon second voyage à Balbec, ou à mon
retour à Tansonville pour voir Gilberte, que je
retrouverais le temps perdu, et que le voyage, qui ne
faisait que me proposer une fois de plus l’illusion que
ces impressions anciennes existaient hors de moi-même,
au coin d’une certaine place, ne pouvait être
le moyen que je cherchais. (TR)
Des
impressions telles que celles que je cherchais à fixer ne
pouvaient que s’évanouir au contact d’une jouissance
directe qui a été impuissante à les faire naître.
La seule manière de les goûter
davantage, c’était de tâcher
de les connaître
plus complètement, là où elles se trouvaient, c’est-à-dire
en moi-même,
de les rendre claires jusque dans leurs profondeurs. Je n’avais
pu connaître
le plaisir à Balbec, pas plus que celui de vivre avec
Albertine, lequel ne m’avait été perceptible qu’après
coup. Et la récapitulation que je faisais des déceptions
de ma vie, en tant que vécue, et qui me faisaient croire
que sa réalité devait résider ailleurs qu’en
l’action, ne rapprochait pas d’une manière purement
fortuite et en suivant les circonstances de mon existence,
des désappointements différents. Je sentais bien que la déception
du voyage, la déception de l’amour n’étaient pas des déceptions
différentes, mais l’aspect varié que prend, selon le
fait auquel il s’applique, l’impuissance que nous avons
à nous réaliser dans la jouissance matérielle, dans
l’action effective (TR)
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