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(le
rêve,
TR) Le rêve
était encore un de ces faits de ma vie, qui m’avait
toujours le plus frappé, qui avait dû
le plus servir à me convaincre du caractère purement
mental de la réalité, et dont je ne dédaignerais pas l’aide
dans la composition de mon oeuvre. ... Je pensai qu’ils
viendraient quelquefois rapprocher ainsi de moi des vérités,
des impressions, que mon effort seul, ou même
les rencontres de la nature ne me présentaient pas, qu’ils
réveilleraient en moi du désir, du regret de certaines
choses inexistantes, ce qui est la condition pour travailler,
pour s’abstraire de l’habitude, pour se détacher du
concret. Je ne dédaignerais pas cette seconde muse, cette
muse nocturne qui suppléerait parfois à l’autre. (TR)
En
somme, si j’y réfléchissais, la matière de mon expérience,
laquelle serait la matière de mon livre, me venait de
Swann, non pas seulement par tout ce qui le concernait lui-même
et Gilberte. Mais c’était lui qui m’avait dès Combray
donné le désir d’aller à Balbec, ... Mais bien souvent
cet auteur des aspects de notre vie est quelqu’un de bien
inférieur à Swann, est l’être
le plus médiocre. (TR)
(...)
ce plaisir générateur que nous avons à trouver rétrospectivement
dans un beau visage de femme, vient de non sens : il était
bien certain en effet que ces pages que j’écrirais,
Albertine, surtout l’Albertine d’alors, ne les eût
pas comprises. Mais c’est justement pour cela (et c’est
une indication à ne pas vivre dans une atmosphère trop
intellectuelle), parce qu’elle était si différente de
moi, qu’elle m’avait fécondé par le chagrin, et même
d’abord par le simple effort pour imaginer ce qui diffère
de soi. Ces pages, si elle avait été capable de les
comprendre, par cela même
elle ne les eût
pas inspirées (TR)
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