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c’était les leçons
avec lesquelles on fait son apprentissage d’homme de
lettres. La valeur objective des arts est peu de chose en
cela ; ce qu’il s’agit de faire sortir, d’amener
à la lumière, ce sont nos sentiments, nos passions, c’est-à-dire
les passions, les sentiments de tous (TR)
Et
plus qu’au peintre, à l’écrivain, pour obtenir du
volume et de la consistance, de la généralité, de la réalité
littéraire, comme il lui faut beaucoup d’églises vues
pour en peindre une seule, il lui faut aussi beaucoup d’êtres
(*) pour un seul sentiment. Car si l’art est long et la
vie courte, on peut dire en revanche que, si l’inspiration
est courte, les sentiments qu’elle doit peindre ne sont
pas beaucoup plus longs (TR)
Ces
substitutions (*) ajoutent à l’œuvre quelque chose de désintéressé,
de plus général, qui est aussi une leçon
austère que ce n’est pas aux êtres
que nous devons nous attacher, que ce ne sont pas les êtres
qui existent réellement et sont par conséquent
susceptibles d’expression, mais les idées. Encore faut-il
se hâter
et ne pas perdre de temps pendant qu’on a à sa
disposition ces modèles ; car ceux qui posent pour le
bonheur n’ont généralement pas beaucoup de séances à
donner, ni hélas, puisqu’elle aussi, elle passe si vite,
ceux qui posent la douleur. ... L’imagination, la pensée
peuvent être
inertes. La souffrance alors le met en marche. ... peut-être
parce que ces situations imprévues nous forcent à entrer
plus profondément en contact avec nous-même,
ces dilemmes douloureux que l’amour nous pose à tout
instant, nous instruisent, nous découvrent successivement
la matière, dont nous sommes fait. (TR)
Sans
croire un instant à l’amour d’Albertine, j’avais
vingt fois voulu me tuer pour elle, je
m’étais ruiné, j’avais détruit ma santé pour
elle. Quand il s’agit d’écrire on est scrupuleux, on
regarde de très près, on rejette tout ce qui n’est pas vérité.
Mais tant qu’il ne s’agit que de la vie, on se ruine, on
se rend malade, on se tue pour des mensonges. (TR)
(...)
combien la matière est indifférente et que tout peut y être
mis par la pensée; ... L’écrivain ne dit que par une
habitude prise dans le langage insincère des préfaces et
des dédicaces : “mon lecteur”. En réalité,
chaque lecteur est quand il lit le propre lecteur de soi-même.
L’ouvrage de l’écrivain n’est qu’une espèce d’instrument
optique qu’il offre au lecteur afin de lui permettre de
discerner ce que sans ce livre il n’eût
peut-être
pas vue en soi-même
(TR)
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