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L’impression
est pour l’écrivain ce qu’est l’expérimentation pour
le savant, avec cette différence que chez le savant le
travail de l’intelligence précède et chez l’écrivain
vient après. Ce que nous n’avons pas eu à déchiffrer,
à éclaircir par notre effort personnel, ce qui était
clair avant nous, n’est pas à nous. Ne vient de nous-même
que ce que nous tirons de l’obscurité qui est en nous et
que ne connaissent pas les autres ... Ainsi, j’étais déjà
arrivé à cette conclusion que nous ne sommes nullement
libres devant l’œuvre d’art, que nous ne la faisons pas
à notre gré, mais que préexistant à nous, nous devons,
à la fois parce qu’elle est nécessaire et cachée, et
comme nous ferions pour une loi de la nature, la découvrir
(TR)
Et
peut-être
est-ce plutôt
à la qualité du langage qu’au genre d’esthétique
qu’on peut juger du degré auquel a été porté le
travail intellectuel et moral. Mais inversement cette qualité
du langage ... dont croient pouvoir se passer les théoriciens,
ceux qui admirent les théoriciens croient facilement qu’elle
ne prouve pas une grande valeur intellectuelle, valeur qu’ils
ont besoin, pour la discerner, de voir exprimée directement
et qu’ils n’induisent pas de la beauté d’une image.
D’où la grossière tentation pour l’écrivain d’écrire
des oeuvres intellectuelles. Grande indélicatesse. Une
oeuvre où il y a des théories est comme un objet sur
lequel on laisse la marque du prix ... La réalité à
exprimer résidait, je le comprenais maintenant, non dans
l’apparence du sujet mais à une profondeur où cette
apparence importait peu, comme le symbolisaient ce bruit de
cuiller sur une assiette, cette raideur empesée de la
serviette, qui m’avaient été plus précieux pour mon
renouvellement spirituel que tant de conversations
humanitaires, patriotiques, internationalistes et métaphysiques
... Car tout ceux qui n’ont pas le sens artistique, c’est-à-dire
la soumission à la réalité intérieure, peuvent être
pourvus de la faculté de raisonner à perte de vue sur
l’art. (TR)
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