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Quant
aux vérités que l’intelligence - même
des plus hauts esprits - cueille à claire-voie, devant
elle, en pleine lumière, leur valeur peut être
très grande ; mais elles ont des contours plus secs et
sont planes, n’ont pas de profondeur parce qu’il n’y a
pas eu de profondeurs à franchir pour les atteindre, parce
qu’elles n’ont pas été recréées. Souvent des écrivains
au fond de qui n’apparaissent plus ces vérités mystérieuses
n’écrivent plus à partir d’un certain âge
qu’avec leur intelligence, qui a pris de plus en plus de
force ; les livres de leur âge
mûr
ont, à cause de cela, plus de force que ceux de leur
jeunesse, mais ils n’ont plus le même
velours. Je sentais pourtant que ces vérités que
l’intelligence dégage directement de la réalité ne sont
pas à dédaigner entièrement, car elles pourraient enchâsser
d’une matière moins pure mais encore pénétrée
d’esprit, ces impressions que nous apporte hors du temps
l’essence commune aux sensations du passé et du présent,
mais qui, plus précieuses, sont aussi trop rares pour que
l’œuvre d’art puisse être
composée seulement avec elles. Capables d’être
utilisées pour cela, je sentais se presser en moi une foule
de vérités relatives aux passions, aux caractères, aux mœurs.
Leur perception me causait de la joie ; pourtant il me
semblait me rappeler que plus d’une entre elles, je l’avais
découverte dans la souffrance, d’autres dans de bien médiocres
plaisirs. (TR)
Alors,
moins éclatante sans doute que celle qui m’avait fait
apercevoir que l’œuvre d’art était le seul moyen de
retrouver le Temps perdu, une nouvelle lumière se fit en
moi. Et je compris que tous ce matériaux de l’œuvre littéraire,
c’était ma vie passée ; je compris qu’ils étaient
venus à moi, dans les plaisirs frivoles, dans la paresse,
dans la tendresse, dans la douleur, emmagasinés par moi
sans que je devinasse plus leur destination, leur survivance
même,
que la graine mettant en réserve tous les aliments qui
nourriront la plante. Comme la graine, je pourrais mourir
quand la plante se serait développée, et je me trouvais
avoir vécu pour elle sans le savoir, sans que ma vie me parût
devoir entrer jamais en contact avec ces livres que j’aurais
voulu écrire et pour lesquels, quand je me mettais
autrefois à ma table, je ne trouvais pas de sujet. Ainsi
toute ma vie jusqu’à ce jour aurait pu et n’aurait pas
pu être
résumée sous ce titre : Une vocation. (TR)
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