|
(...) nous ne voyons pas notre propre aspect, nos propres
âge,
mais chacun, comme un miroir opposé, voyait celui de l’autre.
Et sans doute, à découvrir qu’ils ont vieilli, bien des
gens eussent été moins tristes que moi. Mais d’abord il
en est de la vieillesse comme de la mort. Quelques-uns les
affrontent avec indifférence, non pas parce qu’ils ont
plus de courage que les autres, mais parce qu’ils ont
moins d’imagination. Puis, un homme qui depuis son enfance
vise une même
idée, auquel sa paresse même
et jusqu’à son état de santé, en lui faisant remettre
sans cesse les réalisations, annule chaque soir le jour
écoulé et perdu, si bien que la maladie qui hâte
le vieillissement de son corps retarde celui de son esprit,
est plus surpris et plus bouleversé de voir qu’il n’a
cessé de vivre dans le temps, que celui qui vit peu en
soi-même,
se règle sur le calendrier, et ne découvre pas d’un seul
coup le total des années dont il a poursuivi
quotidiennement l’addition. (TR)
(...)
je comprenais ce que signifiaient la mort, l’amour, les
joies de l’esprit, l’utilité de la douleur, la vocation,
etc., car si les noms avaient perdu pour moi de leur
individualité, les mots me découvraient tout leur sens. La
beauté des images est logée à l’arrière des choses,
celle des idées à l’avant. De sorte que la première
cesse de nous émerveiller quand on les a atteintes, mais
qu’on ne comprend la seconde que quand on les a
dépassées. (TR)
Un
riche mariage qui ne vous rend plus nécessaire la lutte ou
l’ostentation, l’influence même
de la femme, la connaissance lentement acquise de valeurs
autres que celles auxquelles croit exclusivement une
jeunesse frivole, leur avaient permis de détendre leur
caractère et de montrer leurs qualités. Ceux-là, en
vieillissant, semblaient avoir une personnalité
différente, comme ces arbres dont l’automne, en variant
leur couleurs, semble changer l’essence. Pour eux celle de
la vieillesse se manifestait vraiment, mais comme une chose
morale. (TR)
|