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De
même que ce n’est pas à un autre homme intelligent qu’un
homme intelligent aura peur de paraître bête, ce n’est
pas par un grand seigneur, c’est par un rustre qu’un
homme élégant craindra de voir son élégance méconnue.
Les trois quarts des frais d’esprit et des mensonges de
vanité qui ont été prodigués depuis que le monde existe
par des gens qu’ils ne faisaient que diminuer, l’ont été
pour des inférieurs. Et Swann qui était simple et négligent
avec une duchesse, tremblait d’être méprisé, posait,
quand il était devant une femme de chambre (CS)
Mais
à l’age déjà un peu désabusé dont approchait Swann et
où l’on sait se contenter d’être amoureux pour le
plaisir de l’être sans trop exiger de réciprocité, ce
rapprochement des cœurs, s’il n’est plus comme dans la
première jeunesse le but vers lequel tend nécessairement
l’amour, lui reste uni en revanche par une association
d’idées si forte qu’il peut en devenir la cause, s’il
se présente avant lui. Autrefois on rêvait de posséder le
cœur de la femme dont on était amoureux ; plus tard,
sentir qu’on possède le cœur d’une femme peut suffire
à vous en rendre amoureux. Ainsi, à l’age où il
semblerait, comme on cherche surtout dans l’amour un
plaisir subjectif, que la part du goût pour la beauté
d’une femme devait y être la plus grande, l’amour peut
naître - l’amour le plus physique - sans qu’il y ait eu,
à sa base, un désir préalable. A
cette époque de la vie, on a déjà été atteint plusieurs
fois par l’amour ; il n’évolue plus seul suivant
ses propres lois inconnues et fatales, devant notre cœur étonné
et passif. Nous venons à son aide, nous le faussons par la
mémoire, par la suggestion. En reconnaissant un de ses
symptômes, nous nous rappelons, nous faisons renaître les
autres. Comme nous possédons sa chanson, gravée en
nous tout entière, nous n’avons pas besoin qu’une femme
nous en dise le début - rempli par l’admiration qu’inspire
la beauté - pour en trouver la suite (CS)
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