|
De
ceux qui aimaient à bibeloter, qui aimaient les vers, méprisaient
les bas calculs, rêvaient d’honneur et d’amour, elle
faisait une élite supérieure au reste de l’humanité. Il
n’y avait pas besoin qu’on eut réellement ces goûts
pourvu qu’on les proclamât ; ... Mais, en revanche
ceux qui, comme Swann, avait ces goûts, mais n’en
parlaient pas, la laissaient froide ... Et en effet, ce qui
parlait à son imagination, ce n’était pas la pratique du
désintéressement, c’en était le vocabulaire (CS)
(...)
il cherchait par celles de la gratitude à tirer d’elle
des parcelles intimes de sentiment qu’elle ne lui avait
pas révélées encore (...) Pour l’instant, en la
comblant des présents, en lui rendant des services, il
pouvait se reposer sur des avantages extérieurs à sa
personne, à son intelligence, du soin épuisant de lui
plaire par lui-même. Et cette volupté d’être amoureux,
de ne vivre que d’amour, de la réalité de laquelle il
doutait parfois, le prix dont en somme il la payait, en
dilettante de sensations immatérielles, lui en augmentait
la valeur - comme on voit... (CS)
“Il
peut venir un jour où, me voyant à jamais détaché de toi,
tu auras le droit de me reprocher de ne pas t’avoir
avertie dans les minutes décisives où je sentais que j’allais
porter sur toi un de ces jugements sévères auxquels
l’amour ne résiste pas longtemps” (CS)
Les
journées, Swann les passait sans Odette (CS)
Quand
Odette cesserait d’être pour lui une créature toujours
absente, regrettée, imaginaire, quand le sentiment qu’il
aurait pour elle ne serait plus ce même trouble mystérieux
que lui causait la phrase de la sonate, mais de l’affection,
de la reconnaissance, quand s’établiraient entre eux des
rapports normaux qui mettraient fin à sa folie et à sa
tristesse, alors sans doute les actes de la vie d’Odette
lui paraîtraient peux intéressants en eux-mêmes - comme
il avait déjà eu plusieurs fois le soupçon qu’ils étaient...
considérant son mal avec autant de sagacité que s’il se
l’était inoculé pour en faire l’étude, il se disait
que quand il serait guéri ce que pourrait faire Odette lui
serait indifférent. Mais du sein de son état morbide, à
vrai dire il redoutait à l’égal de la mort une telle guérison,
qui eut été en effet la mort de tout ce qu’il était
actuellement (...) un paroxysme d’amour qui avait besoin
de se dépenser (CS)
|