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Tout
au plus le visage de cette belle jeune femme était-il passé
au rabot invisible d’une grande bassesse de vie, de l’acceptation
constante d’expédients vulgaires, si bien que ses yeux,
plus nobles pourtant que le reste du visage, ne devaient
rayonner que d’appétits et de désirs (SG)
(Robert
me demanda si je ne voulais pas essayer de trouver parmi les
amis avec lesquels il me faisait dîner chaque soir à Doncières
… ceux qui y étaient encore) … Je déclinai sa
proposition car je ne voulais pas risquer de m’éloigner
d’Albertine, mais aussi parce que maintenant j’étais détaché
d’eux. D’eux, c’est-à-dire de moi. Nous désirons
passionnément qu’il y ait une autre vie où nous serions
pareils à ce que nous sommes ici-bas. Mais nous ne réfléchissons
pas que, même sans attendre cette autre vie, dans celle-ci,
au bout de quelques années nous sommes infidèles à ce que
nous avons été, à ce que nous voulions rester
immortellement. Même sans supposer que la mort nous
modifiait plus que ces changements qui se produisent au
cours de la vie, si dans cette autre vie nous rencontrions
le moi que nous avons été, nous nous détournerions de
nous comme de ces personnes avec qui on a été lié mais
qu’on n’a pas vues depuis longtemps – par exemple les
amis de Saint-Loup qu’il me plaisait tant chaque soir de
retrouver au Faisan Doré et dont la conversation ne serait
plus maintenant pour moi qu’importunité et que gêne (SG)
On
admirait à la fois sa puissance et son humilité … elle
(la princesse Sherbatoff) s’efforçait pourtant de retenir
exprès la baignoire la plus obscure, restait au fond, ne
s’occupait en rien de la salle, vivait exclusivement pour
le petit groupe, qui un peu avant la fin de la représentation
se retirait en suivant cette souveraine étrange et non dépourvue
d’une beauté timide, fascinante et usée. Or, si Mme
Sherbatoff ne regardait pas la salle, restait dans
l’ombre, c’était pour tacher d’oublier qu’il
existait un monde vivant qu’elle désirait passionnément
et ne pouvant pas connaître; la “coterie” dans une
“baignoire” était pour elle ce qu’est pour certains
animaux l’immobilité quasi cadavérique en présence du
danger. Néanmoins le goût de nouveauté et de curiosité
qui travaille les gens du monde faisait qu’ils prêtaient
peut-être plus d’attention à cette mystérieuse inconnue
qu’aux célébrités des premières loges chez qui chacun
venait en visite … La princesse était forcée, si on lui
parlait de quelqu’un ou si on lui présentait quelqu’un,
de feindre une grande froideur pour maintenir la fiction de
son horreur du monde …Il (Cottard) nous emmena tous à la
recherche de la princesse Sherbatoff. Il la trouva dans le
coin d’un wagon vide, en train de lire La Revue des deux
Mondes. Elle avait pris depuis de longues années, par peur
des rebuffades, l’habitude de se tenir à sa place, de
rester dans son coin, dans la vie comme dans le train, et
d’attendre pour donner la main qu’on lui eut dit bonjour
… Elle restait sur la défensive tant qu’elle ignorait
les intentions des nouveaux venus, mais quand elle avait
reconnu que celles-ci étaient aimables, elle cherchait de
toutes manières à faire plaisir à chacun (SG)
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