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On
peut quelquefois retrouver un être, mais non abolir le
temps. Tout cela jusqu’au jour imprévu et triste comme
une nuit d’hiver, où on ne cherche plus cette jeune
fille-là, ni aucune autre, où trouver vous effraierait même.
Car on ne se sent plus assez d’attraits pour plaire, ni de
force pour aimer. Non pas bien entendu qu’on soit, au sens
propre du mot, impuissant. Et quant à aimer, on aimerait
plus que jamais. Mais on sent que c’est une trop grande
entreprise pour le peu de forces qu’on garde. Le repos éternel
a déjà mis des intervalles où l’on ne peut sortir, ni
parler. Mettre un pied sur la marche qu’il faut, c’est
une réussite comme de ne pas manquer le saut périlleux.
Etre vu dans cet état par une jeune fille qu’on aime, même
si l’on a gardé son visage et tous ses cheveux blonds de
jeune homme! On ne peut plus assumer la fatigue
de se mettre au pas de la jeunesse. Tant pis si le désir
charnel redouble au lieu de s’amortir! On fait venir pour
lui une femme à qui l’on ne se souciera pas de plaire,
qui ne partagera qu’un soir votre couche et qu’on ne
reverra jamais (SG)
Car
l’instinct d’imitation et l’absence de courage
gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde
rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer
dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est
de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois
(SG)
Or
je trouvais dangereux de laisser s’installer en moi, même
sous une forme légère, un mal qui ressemble à cet états
pathologiques habituels auxquels on ne prend pas garde, mais
qui, si survient le moindre accident, imprévisible et inévitable,
qui lui arriverait, suffisent à lui donner aussitôt une
extrême gravité. Le moment était peut-être particulièrement
bien choisi pour renoncer à une femme à qui aucune
souffrance bien récente et bien vive ne m’obligeait à
demander ce baume contre un mal, que possèdent celles qui
l’ont causé …. Me rappelant qu’Albertine marchait à
coté de moi sous sa toque, le sentiment de sa présence
ajoutait tout d’un coup une telle vertu à l’image
indifférente de l’église neuve, qu’au moment où la façade
ensoleillée venait se poser ainsi d’elle-même dans mon
souvenir, c’était comme une grande compresse calmante
qu’on eut appliquée à mon cœur (SG)
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