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Quant
à ce qui était de M. de Charlus, du reste, je me rendis
compte dans la suite qu’il y avait pour lui divers genres
de conjonctions et desquelles certaines, par leur
multiplicité, leur instantanéité à peine visible, et
surtout le manque de contact entre les deux acteurs,
rappelaient plus encore ces fleurs qui dans un jardin sont fécondées
par le pollen d’une fleur voisine qu’elles ne toucheront
jamais. Il y avait en effet certains êtres qu’il lui
suffisait de faire chez lui, de tenir pendant quelques
heures sous la domination de sa parole, pour que son désir,
allumé dans quelque rencontre, fut apaisé. Par simples
paroles la conjonction était faite aussi simplement qu’elle
peut se produire chez les infusoires … M. de Charlus, de
dominé devenu dominateur, se sentait purgé de son inquiétude
et calmé, renvoyait le visiteur qui avait aussitôt cessé
de lui paraître désirable (SG)
M.
de Vagoubert était un des seuls hommes du monde (peut-être
le seul) qui se trouvât ce qu’on appelle à Sodome être
“en confidences” avec M. de Charlus. Mais si notre
ministre auprès du roi Théodose avait quelques-uns des mêmes
défauts que le baron, ce n’était qu’à l’état de
bien pale reflet. C’était seulement sous une forme
infiniment adoucie, sentimentale et niaise qu’il présentait
ces alternances de sympathie et de haine par où le désir
de charmer, et ensuite la crainte – également imaginaire
– d’être, sinon méprisé, du moins découvert, faisait
passer le baron. Rendues ridicules par une chasteté, un
“platonisme” (auxquels en grand ambitieux il avait, dès
l’age du concours, sacrifié tout plaisir), par sa nullité
intellectuelle surtout, ces alternances, M. de Vagoubert les
présentait pourtant … chez M. de Vagoubert … la
sympathie était exprimée avec la banalité d’un homme de
dernier ordre … Le bonsoir qu’il me rendit n’avait
rien de celui qu’aurait eu M. de Charlus. A ce bonsoir M.
de Vagoubert, outre les mille façons qu’il croyait celles
du monde et de la diplomatie, donnait un air cavalier,
fringant, souriant pour semble d’une part ravi de l’existence
– alors qu’il remarquait intérieurement les déboires
d’une carrière sans avancement et menacée d’une mise
à la retraite – d’autre part jeune, viril et charmant,
alors qu’il voyait et n’osait même plus aller regarder
dans sa glace les rides se figer aux entours d’un visage
qu’il eut voulu garder plein de séductions. Ce n’est
pas qu’il eut souhaité des conquêtes effectives dont la
seule pensée lui faisait peur à cause du qu’en-dira-t-on,
des éclats, des chantages. Ayant passé d’une débauche
presque infantile à la continence absolue datant du jour où
il avait pensé au quai d’Orsay et voulu faire une grande
carrière, il avait l’air d’une bête en cage, jetant
dans tous les sens des regards qui exprimaient la peur, l’appétence
et la stupidité. La sienne était telle qu’il ne réfléchissait
pas que les voyous de son adolescence n’était plus des
gamins et que, quand un marchand de journaux lui criait en
plein nez: “La presse!” plus encore que de désir il frémissait
d’épouvante, se croyant reconnu et dépisté … Mme de
Vagoubert, c’était un homme … Le regret de ne pas être
aimée, de ne pas être homme, la virilise … Une des
causes qui ajoutent encore à l’air masculin des femmes
telles que Mme de Vagoubert est que l’abandon où elles
sont laissées par leur mari, la honte qu’elles en éprouvent,
flétrissent peu à peu chez elles tout ce qui est de la
femme … Des traces d’opprobre, d’ennui, d’indignation,
ternissaient le visage régulier de Mme de Vagoubert. Hélas,
je sentais qu’elle me considérait avec intérêt et
curiosité comme un de ces jeunes hommes qui plaisaient à
M. de Vagoubert et qu’elle aurait tant voulu être,
maintenant que son mari vieillissant préférait la jeunesse
(SG)
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