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LA PRIGIONIERA

legenda


A peine entrée dans ma chambre, elle sautait sur le lit et quelquefois définissait mon genre d’intelligence, jurait dans un transport sincère qu’elle aimerait mieux mourir que me quitter: c’était les jours où je m’étais rasé avant de la faire venir. Elle était de ces femmes qui ne savent pas démêler la raison de ce qu’elles ressentent. Le plaisir que leur cause un teint frais, elle l’expliquent par les qualités morales de celui qui leur semble pour leur avenir présenter un bonheur, capable du reste de décroître et de devenir moins nécessaire au fur et à mesure qu’on laisse pousser sa barbe (PR)

Alors, convalescent affamé qui se repaie déjà de tous les mets qu’on lui refuse encore, je me demandais si me marier avec Albertine ne gâcherait pas ma vie, tant en me faisant assumer la tache trop lourde pour moi de me consacrer à un autre être, qu’en me forcant à vivre absent de moi-même à cause de sa présence continuelle et en me privant à jamais des joies de la solitude. Et pas de celles-là seulement. Même en ne demandant à la journée que des désirs, il en est certains – ceux que provoquent non plus les choses, mais les êtres – dont le caractère est d’être individuels … D’Albertine, en revanche, je n’avais plus rien à apprendre. Chaque jours, elle me semblait moins jolie. Seul le désir qu’elle excitait chez les autres, quand l’apprenant je recommençais à souffrir et voulais la leur disputer, la hissait à mes yeux sur un haut pavois. Elle était capable de me causer de la souffrance, nullement de la joie. Par la souffrance seule, subsistait mon ennuyeux attachement. Dès qu’elle disparaissait, et avec elle le besoin de l’apaiser, requérant toute mon attention comme une distraction atroce, je sentais le néant qu’elle était pour moi, que je devais être pour elle (PR)


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