Home Page
a
LA PRIGIONIERA


Et de même que des gens louent cent francs par jour une chambre à l’hôtel de Balbec pour respirer l’air de la mer, je trouvais tout naturel de dépenser plus que cela pour elle, puisque j’avais son souffle près de ma joue, dans sa bouche que j’entrouvrais sur la mienne, où contre ma langue passait sa vie … L’image que je cherchais, où je me reposais, contre laquelle j’aurais voulu mourir, ce n’était plus l’Albertine ayant une vien inconnue, c’était une Albertine aussi connue de moi qu’il était possible (et c’est pour cela que cet amour ne pouvait être durable à moins de rester malheureux, car par définition il ne contentait pas le besoin de mystère), c’était une Albertine ne reflétant pas un monde lointain, mais ne désirant rien d’autre … qu’être avec moi, toute pareille à moi, une Albertine image de ce qui précisément était mien et non de l’inconnu (PR)

J’avais l’insouciance de ceux qui croient leur bonheur durable. C’est justement parce que cette douceur à été nécessaire pour enfanter la douleur – et reviendra du reste la calmer par intermittences – que les hommes peuvent être sincères avec autrui, et même avec eux-mêmes, quand ils se glorifient de la bonté d’une femme envers eux, quoique, à tout prendre, au sein de leur liaison circule constamment d’une façon secréte, inavouée aux autres, ou révélée involontairement par des questions, des enquêtes, une inquiétude douloureuse … et la dissimulation de l’enfer secret qu’est la vie commune avec cette femme, jusqu’à l’ostentation d’une intimité qu’on prétend douce, exprime un point de vue vrai, un lien général de l’effet à la cause, un des modes selon lesquels la production de la douleur est rendue possible … sous toute douceur charnelle un peu profonde, il y a la permanence d’un danger (PR)


[1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 - 13]