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LA PRIGIONIERA


(Bergotte) … vivait si simplement qu’on ne soupçonnait pas à quel point il était riche, et l’eut-on su qu’on se fut trompé encore, l’ayant cru alors avare alors que personne ne fut jamais si généreux. Il l’était surtout avec des femmes, des fillettes pour mieux dire, et qui étaient honteuses de recevoir tant pour si peu de chose. Il s’excusait à ses propres yeux parce qu’il savait ne pouvoir jamais si bien produire que dans l’atmosphère de se sentir amoureux. L’amour, c’est trop dire, le plaisir un peu enfoncé dans la chair, aide au travail des lettres parce qu’il anéantit les autres plaisirs, par exemple les plaisirs de la société, ceux qui sont les mêmes pour tout le monde. Et même si cet amour amène des désillusions, du moins agite-t-il de cette facon, là aussi la surface de l’âme, qui sans cela risquerait de devenir stagnante. Le désir n’est donc pas inutile à l’écrivain pour l’éloigner des autres hommes d’abord et de se conformer à eux, pour rendre ensuite quelque mouvement à une machine spirituelle qui, passé un certain age, a tendance à s’immobiliser. On n’arrive pas à être heureux mais on fait des remarques sur les raisons qui empêchent de l’être et qui nous fussent restées invisibles sans ces brusques percées de la déception. Et les rêves bien entendu ne sont pas réalisables, nous le savons; nous n’en formerions peut-être pas sans le désir, et il est utile d’en former pour les voir échouer et que leur échec instruise. Aussi Bergotte se disait-il: “Je dépense plus que des multimillionnaires pour des fillettes, mais les plaisirs ou les déceptions qu’elles me donnent me font écrire un livre qui me rapporte de l’argent”. Economiquement ce raisonnement était absurde, mais sans doute trouverait-il quelque agrément à transmuter ainsi l’or en caresses et les caresses en or. Et puis nous avons vu, au moment de la mort de ma grand-mère, que sa vieillesse fatiguée aimait le repos. Or dans le monde il n’y a que la conversation. Elle y est stupide, mais a le pouvoir de supprimer les femmes, qui ne sont plus que questions et réponses. Hors du monde les femmes redeviennent ce qui est si reposant pour le vieillard fatigué, un objet de contemplation (PR)

(…) notre esprit (…) se dégage soudain d’un salon arrivé lentement et difficilement à son point de perfection pour préférer un salon moins brillant… (PR)

agir c’est autre chose que parler, même avec éloquence, et penser, même avec ingéniosité (PR)

(Mme Verdurin) prit une expression de prophète… (PR)


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