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LA PRIGIONIERA


Il est du reste à remarquer que la constance d’une habitude est d’ordinaire en rapport avec son absurdité. Les choses éclatantes on ne les fait généralement que par à-coups. Mais des vies insensées, où le maniaque se prive lui-même de tous les plaisirs et s’inflige les plus grands maux, ces vies sont ce qui change le moins. Tous les dix ans, si l’on en avait eu la curiosité, on retrouverait le malheureux dormant aux heures où il pourrait vivre, sortant aux heures où il n’y a guère rien d’autre à faire qu’à se laisser assassiner dans les rues, buvant glacé quand il a chaud, toujours en train de soigner un rhume. Il suffirait d’un petit mouvement d’énergie, un seul jour, pour changer cela une fois pour toutes. Mais justement ces vies sont habituellement l’apanage d’êtres incapables d’énergie. Les vices sont un autre aspect de ces existences monotones que la volonté suffirait à rendre moins atroces (PR)

Seulement l’enthousiasme vertueux à l’égard d’une personne qui lui causait un plaisir et les engagements solennels qu’il prenait avec elle, avaient une contrepartie chez Morel. Dès que la personne ne lui causait plus de plaisir, ou même, par exemple, si l’obligation de faire face aux promesses faites lui causait du déplaisir, elle devenait aussitôt de la part de Morel l’objet d’une antipathie qu’il justifiait à ses propres yeux, et qui, après quelques troubles neurasthéniques, lui permettait de se prouver à soi-même, une fois l’euphorie reconquise de son système nerveux, qu’il était, en considérant même les choses d’un point de vue purement vertueux, dégagé de toute obligation (PR)


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