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J’aurais
eu tort d’être heureux de la petite comédie, n’eut-elle
pas été jusqu’à cette forme de véritable mise en
scène où je n’avais poussée. N’eussions-nous fait que
parler simplement de séparation que c’eut été déjà
grave. Ce conversations que l’on tient ainsi, on croit le
faire non seulement sans sincérité, ce qui est en effet,
mais librement. Or elles sont généralement, à notre insu,
chuchoté malgré nous, le premier murmure d’une tempête
que nous ne soupçonnons pas. En réalité, ce que nous
exprimons alors c’est le contraire de notre désir (lequel
est de vivre toujours avec celle que nous aimons), mais
c’est aussi cette impossibilité de vivre ensemble qui
fait notre souffrance quotidienne, souffrance qui finira
malgré nous par nous séparer. D’habitude, pas tout
d’un coup cependant. Le plus souvent il arrive (…) que,
quelque temps après les paroles auxquelles on ne croyait
pas, on met en action un essai informe de séparation voulue,
non douloureuse, temporaire. On demande à la femme (…)
d’aller faire sans nous, ou de nous laisser faire sans
elle, un voyage de quelque jours (…) ce qui nous eut
semblé impossible, sans elle (…) Seulement cette
séparation, courte mais réalisée, n’est pas aussi
arbitrairement décidée et aussi certainement la seule que
nous nous figurons. Le mêmes tristesses recommencent, la
même difficulté de vivre ensemble s’accentue, seule la
séparation n’est plus quelque chose d’aussi difficile;
on a commencé par en parler, on l’a ensuite exécutée
sous une forme aimable. Mais ce ne sont que des prodromes
que nous n’avons pas reconnus. Bientot à la séparation
momentanée et souriante succédera la séparation atroce et
définitive que nous avons préparée sans le savoir (PR)
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