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“Hé
bien, en un mot la raison qui vous empêchera de venir en
Italie?” questionna la duchesse (de Guermantes) en se
levant pour prendre congé de nous … “Mais, ma chère
amie, c’est que je serai mort depuis plusieurs mois” …
répondit Swann en souriant, tandis que le valet de pied
ouvrait la porte vitrée du vestibule pour laisser passer la
duchesse. “Qu’est-ce que vous me dites là?” s’écria
la duchesse en s’arrêtant une seconde dans sa marche vers
la voiture et en levant ses beaux yeux bleus et
mélancoliques, mais pleins d’incertitudes. Placée pour
la première fois de sa vie entre deux devoirs aussi
différents que monter dans sa voiture pour aller dîner en
ville, et témoigner de la pitié à un homme qui va mourir,
elle ne voyait rien dans le code des convenances qui lui
indiquât la jurisprudence à suivre et, ne sachant auquel
donner la préférence, elle crut devoir faire semblant de
ne pas croire que la seconde alternative eut à se poser, de
façon à obéir à la première qui demandait en ce moments
moins d’efforts, et pensa que la meilleure manière de
résoudre le conflit était de le nier. “Vous voulez
plaisanter?” dit-elle à Swann … “Vous savez, nous
reparlerons de cela, je ne crois pas un mot de ce que vous
dites, mais il faut en parler ensemble. On vous aura
bêtement effrayé, venez déjeuner, le jour que vous
voudrez (pour Mme de Guermantes tout se résolvait en
déjeuners) …”Ah, les femmes! Elle va nous faire mal à
l’estomac à tous les deux. Elle est bien moins solide
qu’on ne croit”. Le duc (de Guermantes) n’était
nullement gêné de parler des malaises de sa femme et des
siens à un mourant, car les premiers, l’intéressant
davantage, lui apparaissaient plus important. Aussi fut-ce
seulement par bonne éducation et gaillardise, qu’après
nous avoir éconduits gentiment, il cria à la cantonade et
d’une voix de stentor, de la porte, à Swann qui était
déjà dans la cour: “Et puis vous, ne vous laissez pas
frapper par ce bêtises des médecins, que diable! Ce sont
des ânes. Vous vous portez comme le Pont-Neuf. Vous nous
enterrerez tous!” (CG)
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