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(…)
les plus cruels de nos adversaires ne sont pas ceux qui nous
contredisent et essayent de nous persuader, mais ceux qui
grossissent ou inventent les nouvelles qui peuvent nous désoler,
en se gardant bien de leur donner une apparence de
justification qui diminuerait notre peine et nous donnerait
peut-être une légère estime pour un parti qu’ils
tiennent à nous montrer, pour notre complet supplice, à la
fois atroce et triomphant (CG)
Ainsi
Mme de Guermantes montrait dans ses robes le même souci de
suivre la mode que si, se croyant devenue une femme comme
les autres, elle avait aspiré à cette élégance de la
toilette dans laquelle des femmes quelconques pouvaient l’égaler,
la surpasser peut-être; je l’avais vue dans la rue
regarder avec admiration une actrice bien habillée; et le
matin, au moment où elle allait sortir è pied, comme si
l’opinion des passants dont elle faisait ressortir la
vulgarité en promenant familièrement au milieu d’eux sa
vie inaccessible, pouvait être un tribunal pour elle, je
pouvais l’apercevoir devant sa glace, jouant, avec une
conviction exempte de dédoublement et d’ironie, avec
passion, avec mauvaise humeur, avec amour-propre, comme une
reine qui a accepté de représenter une soubrette dans une
comédie de cour, ce rôle, si inférieur à elle, de femme
élégante; et dans l’oubli mythologique de sa grandeur
native, elle regardait si sa voilette était bien tirée,
aplatissait ses manches, ajustait son manteau, comme le
cygne divin fait tous les mouvements de son espèce animale,
garde ses yeux peints de deux cotés de son bec sans y
mettre de regards et se jette tout d’un coup sur un bouton
ou un parapluie, en cygne, sans se souvenir qu’il est un
dieu (CG)
L’impression
que nous cause une personne, une oeuvre (ou une interprétation)
fortement caractérisées, est particulière. Nous avons
apporté avec nous les idées de “beauté”, “largeur
de style”, “pathétique”, que nous pourrions à la
rigueur avoir l’illusion de reconnaître dans la banalité
d’un talent, d’un visage corrects, mais notre esprit
attentif a devant lui l’insistance d’une forme dont il
ne possède pas d’équivalent intellectuel, dont il lui
faut dégager l’inconnu … Et à cause de cela ce sont
les oeuvres vraiment belles, si elles sont sincèrement écoutées,
qui doivent le plus nous décevoir, parce que, dans la
collection de nos idées, il n’y en a aucune qui réponde
à une impression individuelle … je tachais d’ouvrir ma
pensée le plus largement possible pour recevoir tout ce
qu’il contenait; je comprenais maintenant que c’était
justement cela, admirer (CG)
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