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(…) Elle (Françoise) avait un certain penchant
à envisager toujours le pire, elle avait gardé de son
enfance deux particularités qui sembleraient devoir s’exclure,
mais qui, quand elles sont assemblées, se fortifient: le
manque d’éducation des gens du peuple qui ne cherchent
pas à dissimuler l’impression, voire l’effroi
douloureux causé en eux par la vue d’un changement
physique qu’il serait plus délicat de ne pas paraître
remarquer, et la rudesse insensible de la paysanne qui
arrache les ailes des libellules avant qu’elle ait l’occasion
de tordre le cou aux poulets et manque de la pudeur qui lui
ferait cacher l’intérêt qu’elle éprouve à voir la
chair qui souffre (CG)
Le
bruit de l’oxygène s’était tu, le médecin s’éloigna
du lit. Ma grand-mère était morte. Quelques heures plus
tard, Françoise put une dernière fois et sans les faire
souffrir peigner ces beaux cheveux qui grisonnaient
seulement et jusqu’ici avaient semblé être moins âgés
qu’elle. Mais maintenant, au contraire, ils étaient seuls
à imposer la couronne de la vieillesse sur le visage
redevenu jeune d’où avaient disparu les rides, les
contractions, les empâtements, les tensions, les fléchissements
que, depuis tant d’années, lui avait ajoutés la
souffrance. Comme au temps lointain où ses parents lui
avaient choisi un époux, elle avait les traits délicatement
tracés par la pureté et la soumission, les joues
brillantes d’une chaste espérance, d’un rêve de
bonheur, même d’une innocente gaieté, que les années
avaient peu à peu détruits. La vie en se retirant venait
d’emporter les désillusions de la vie. Un sourire
semblait posé sur les lèvres de ma grand-mère. Sur ce lit
funèbre, la mort, comme le sculpteur du Moyen Age, l’avait
couchée sous l’apparence d’une jeune fille (CG)
Or,
un changement de temps suffit à recréer le monde et nous-mêmes
… La brume, dès
le réveil, avait fait de moi, au lieu de l’être
centrifuge qu’on est par les beaux jours, un homme replié
(CG)
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