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I GUERMANTES


(…) je donnerais à mes songeries solitaires et muettes une forme nouvelle, parlée, active, qui me semblerait un progrès, presque une réalisation …. Dès qu’on est amoureux, tous les petits privilèges inconnus qu’on possède, on voudrait pouvoir les divulguer à la femme qu’on aime, comme font dans la vie les déshérités et les fâcheux. On souffre qu’elle les ignores, on cherche à se consoler en se disant que justement parce qu’ils ne sont jamais visibles, peut-être ajoute-telle à l’idée qu’elle a de vous cette possibilité d’avantages qu’on ne sait pas (CG)

Saint-Loup employait à tout propos ce mot de “faire” pour “avoir l’air”, parce que la langue parlée, comme la langue écrite, éprouve de temps en temps le besoin de ces altérations du sens des mots, de ces raffinements d’expression (CG)

Et à ce propos on peut se demander si pour l’Amour (ajoutons même à l’Amour l’amour de la vie, l’amour de la gloire, puisqu’il y a, parait-il, des gens qui connaissent ces deux derniers sentiments) on ne devrait pas agir comme ceux qui, contre le bruit, au lieu d’implorer qu’il cesse, se bouchent les oreilles; et, à leur imitation, reporter notre attention, notre défensive, en nous-mêmes, leur donner comme objet à réduire, non pas l’être extérieur que nous aimons, mais notre capacité de souffrir par lui … Et cette atténuation des sons trouble même quelquefois le sommeil au lieu de le protéger (CG)

Je regardais sur lui avec envie ces traits caractéristiques des Guermantes, de cette race restée si particulière au milieu du monde, où elle ne se perd pas et où elle reste isolée dans sa gloire divinement ornithologique, car elle semble issue, aux ages de la mythologie, de l’union d’une déesse et d’un oiseau (CG)


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