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Ce qui, mécaniquement, se fit à ce moment dans mes yeux
quand j’aperçus ma grand-mère, ce fut bien une
photographie. Nous ne voyons jamais les êtres chéris que
dans le système animé, le mouvement perpétuel de notre
incessante tendresse, laquelle, avant de laisser les images
que nous présente leur visage arriver jusqu’à nous, les
prend dans son tourbillon, les rejette sur l’idée que
nous nous faisons d’eux depuis toujours, les fait adhérer
à elle, coïncider avec elle. Comment, puisque le front,
les joues de ma grand-mère, je leur faisais signifier ce
qu’il y avait de plus délicat et de plus permanent dans
son esprit, comment, puisque tout regard habituel est une nécromancie
et chaque visage qu’on aime, le miroir du passé, comment
n’en eusse-je pas omis ce qui en elle avait pu s’alourdir
et changer, alors que, même dans les spectacles les plus
indifférents de la vie, notre oeil, chargé de pensée, néglige,
comme ferait une tragédie classique, toutes les images qui
ne concourent pas à l’action et ne retient que celles qui
peuvent en rendre intelligible le but? …Et, comme un
malade qui, ne s’étant pas regardé depuis longtemps et
composant à tout moment le visage qu’il ne voit pas d’après
l’image idéale qu’il porte de soi-même dans sa pensée,
recule en apercevant dans une glace, au milieu d’une
figure aride et déserte, l’exhaussement oblique et rose
d’un nez gigantesque comme une pyramide d’Egypte, moi
pour qui ma grand-mère c’était encore moi-même, moi qui
ne l’avais jamais vue que dans mon âme, toujours à la même
place du passé, à travers la transparence des souvenirs
contiguës et superposés, tout d’un coup, dans notre
salon qui faisait partie d’un monde nouveau, celui du
Temps, celui où vivent les étrangers dont on dit “il
vieillit bien”, pour la première fois et seulement pour
un instant car elle disparut bien vite, j’aperçus sur le
canapé, sous la lampe, rouge, lourde, et vulgaire, malade,
rêvassant, promenant au-dessus d’un livre des yeux un peu
fous, une veille femme accablée que je connaissais pas (CG)
(…)
(nous nous heurtons à des résistances imprévues qui
peuvent être invincibles). L’une des plus fortes est sans
doute celle que peut développer en une femme qui n’aime
pas, le dégoût que lui inspire, insurmontable et fétide,
l’homme qui l’aime … Cependant l’hiver finissait (CG)
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