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Mais
quand j’eus pris l’habitude de venir au quartier, la
conscience que la colline était là, plus réelle par conséquent,
même quand je ne la voyais pas, que l’hôtel de Balbec,
que notre maison de Paris auxquels je pensais comme à des
absents, comme à des morts, c’est-à-dire sans plus guère
croire à leur existence (CG)
Mais,
dès le second jour, il me fallut aller coucher à l’hôtel.
Et je savais d’avance que fatalement j’allais y trouver
la tristesse. Elle était comme un arôme irrespirable que
depuis ma naissance exhalait pour moi toute chambre
nouvelle, c’est-à-dire toute chambre: dans celle que j’habitais
d’ordinaire, je n’étais pas présent, ma pensée
restait ailleurs et à sa place envoyait seulement l’Habitude.
Mais je ne pouvais charger cette servant moins sensible de
s’occuper de mes affaires dans un pays nouveau, où je la
précédais, où j’arrivais seul, où il me fallait faire
entrer en contact avec les choses ce “moi” que je ne
retrouvais qu’à des années d’intervalles, mais
toujours le même, n’ayant pas grandi depuis Combray,
depuis ma première arrivée à Balbec, pleurant, sans
pouvoir être consolé, sur le coin d’une malle défaite (CG)
Comment,
alors, cherchant sa pensée, sa personnalité comme on
cherche un objet perdu, finirons par retrouver son propre
moi plutôt que tout autre? Pourquoi, quand on se remet à
penser, n’est-ce pas alors une autre personnalité que
l’antérieure qui s’incarne en nous? … La résurrection
au réveil – après ce bienfaisant accès d’aliénation
mentale qu’est le sommeil – doit ressembler au fond à
ce qui se passe quand on retrouve un nom, un vers, un
refrain oubliés. Et peut-être la résurrection de l’âme
après la mort est-elle concevable comme un phénomène de mémoire
(CG)
Les
poètes prétendent que nous retrouvons un moment ce que
nous avons jadis été en rentrant dans telle maison, dans
tel jardin où nous avons vécu jeunes. Ce sont là pèlerinages
fort hasardeux et à la suite desquels on compte autant de déceptions
que de succès. Les lieux fixes, contemporains d’années
différentes, c’est en nous-mêmes qu’il vaut mieux les
trouver …. Il n’y a pas besoin de voyager pour le revoir,
il faut descendre pour le retrouver. Ce qui a couvert la
terre n’est plus sur elle, mais dessous, l’excursion ne
suffit pas pour visiter la ville morte … Mais on verra
combien certaines impressions fugitives et fortuites ramènent
bien mieux encore vers le passé, avec une précision plus
fine, d’un vol plus léger, plus immatériel, plus
vertigineux, plus infaillible, plus immortel, que ces
dislocations organiques (CG)>
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