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Il
(Le prince de Faffenheim) n’ignorait pas que dans le
langage diplomatique causer signifie offrir … On peut
railler la pédantesque niaiserie avec laquelle les
diplomates à la Norpois s’extasient devant une parole
officielle à peu près insignifiante. Mais leur
enfantillage a sa contrepartie: les diplomates savent que,
dans la balance qui assure cet équilibre, européen ou
autre, qu’on appelle la paix, les bons sentiments, les
beaux discours, les supplications pèsent fort peu; et que
le poids lourd, le vrai, le déterminant, consiste en autre
chose, en la possibilité que l’adversaire a, s’il est
assez fort, ou n’a pas, de contenter, par moyen d’échange,
un désir … Chargé d’affaires dans des pays avec
lesquels nous avions été à deux doigts d’avoir la
guerre, M. de Norpois, anxieux de la tournure que les événements
allaient prendre, savait très bien que ce n’était pas
par le mot “Paix”, ou par le mot “Guerre”, qu’ils
lui seraient signifiés, mais par un autre, banal en
apparence, terrible ou béni, que le diplomate, à l’aide
de son chiffre, saurait immédiatement lire, et auquel, pour
sauvegarder la dignité de la France, il répondrait par un
autre mot tout aussi banal mais sous lequel le ministre de
la nation ennemie verrait aussitôt: Guerre … (CG)
(M.
de Charlus) Il avait, par exemple, pour conséquence que les
maîtresses de maison lassaient, dans une fête, le baron
avoir seul une chaise sur le devant dans un rang de dames,
tandis que les autres hommes se bousculaient dans le fond.
De plus, fort absorbé, semblait-il, à raconter, et très
haut, d’amusantes histoires à la dame charmée, M. de
Charlus était dispensé d’aller dire bonjour aux autres,
donc d’avoir des devoirs à rendre. Derrière la barrière
parfumée que lui faisait la beauté choisie, il était isolé
au milieu d’un salon comme au milieu d’une salle de
spectacle dans une loge et, quand on venait le saluer, au
travers pour ainsi dire de la beauté de sa compagne, il était
excusable de répondre fort brièvement et sans s’interrompre
de parler à une femme (CG)
A
coté d’elle M. de Guermantes, superbe et olympien, était
lourdement assis. On aurait dit que la notion omniprésente
en tous ses membres de ses grandes richesses lui donnait une
densité particulièrement élevée, comme si elles avaient
été fondues au creuset en un seul lingot humain, pour
faire cet homme qui valait si cher. Au moment où je lui dis
au revoir, il se leva poliment de son siège et je sentis la
masse inerte de trente millions que la vieille éducation
française faisait mouvoir, soulevait, et qui se tenait
debout devant moi (CG)
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