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(…) l’amitié dont tout l’effort est de nous faire
sacrifier la partie seule réelle et incommunicable (autrement
que par le moyen de l’art) de nous-même, à un moi
superficiel qui ne trouve pas comme l’autre de joie en
lui-même, mais trouve un attendrissement confus à se
sentir soutenu sur des étais extérieurs, hospitalisé dans
une individualité étrangère, où, heureux de la
protection qu’on lui donne, il fait rayonner son
bien-être en approbation et s’émerveille de qualités
qu’il appellerait défauts et chercherait à corriger chez
soi-même (CG)
Mais
les gens du monde n’ajoutaient pas par la pensée à l’œuvre
d’Elstir cette perspective du temps qui leur permettait
d’aimer ou tout au moins de regarder sans gene la peinture
de Chardin. Pourtant les plus vieux auraient pu se dire
qu’au cours de leur vie ils avaient vu, au fur et à
mesure que les années les en éloignaient, la distance
infranchissable entre ce qu’ils jugeaient un chef-d’œuvre
d’Ingres et ce qu’ils croyaient devoir rester à jamais
une horreur (par exemple l’Olympia de Manet) diminuer
jusqu’à ce que les deux toiles eussent l’air jumelles.
Mais on ne profite d’aucune leçon parce qu’on ne sait
pas descendre jusqu’au général et qu’on se figure
toujours se trouver en présence d’une expérience qui
n’a pas de précédents dans le passé (CG)
(…)
grâce aux Guermantes, entrait dans la substance du chic,
jusqu-là un peu creuse et sèche, tout ce que naturellement
on eut aimé et qu’on s’était efforcé de proscrire, la
bienvenue, l’épanchement d’une amabilité vraie, la
spontanéité. C’est de la même manière, mais par une
réhabilitation cette fois peu justifiée, que les personnes
qui portent le plus en elles le goût instinctif de la
mauvaise musique et des mélodies, si banales soient-elles,
qui ont quelque chose de caressant et de facile, arrivent,
race à la culture symphonique, à mortifier en elles ce
goût. Mais une fois arrivées à ce point, quand,
émerveillées avec raison par l’éblouissant coloris
orchestral de Richard Strauss, elles voient ce musicien
accueillir avec une indulgence digne d’Auber les motifs
les plus vulgaires, ce que ces personnes aiment trouver
soudain dans une autorité si haute une justification qui
les ravit et elles s’enchantent sans scrupules et avec une
double gratitude, en écoutant Salomé, de ce qu’il leur
était interdit d’aimer dans Les Diamants de la Couronne (CG)
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