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a l’accent, au choix des mots on sentait que le fond de
conversation de la duchesse venait directement de Guermantes.
Par là, la duchesse différait profondément de son neveu
Saint-Loup, envahi par tant d’idées et d’expressions
nouvelles; il est difficile, quand on est troublé par les
idées de Kant et la nostalgie de Baudelaire, d’écrire le
francais exquis d’Henri IV, de sorte que la pureté même
du langage de la duchesse était un signe de limitation, et
qu’on elle l’intelligence et la sensibilité étaient
restées fermées à toutes les nouveautés. Là encore
l’esprit de Mme de Guermantes me plaisait justement par ce
qu’il excluait (et qui composait précisément la matière
de ma propre pensée) et tout ce qu’à cause de cela même
il avait pu conserver, cette séduisante vigueur des corps
souples qu’aucune épuisante réflexion, nul souci moral
ou trouble nerveux n’ont altérée. Son esprit d’une
formation si antérieure au mien, était pour moi l’équivalent
de ce que m’avait offert la démarche des jeunes filles de
la petite bande au bord de la mer. Mme de Guermantes m’offrait,
domestiquée et soumise par l’amabilité, par le respect
envers les valeurs spirituelles, l’énergie et le charme
d’une cruelle petite file de l’aristocratie des environs
de Combray, qui, dès son enfance, montait à cheval,
cassait les reins aux chats, arrachait l’œil aux lapins
et, aussi bien qu’elle était restée une fleur de vertu,
aurait pu, tant elle avait les mêmes élégances, pas mal
d’années auparavant, être la plus brillante maîtresse
du prince de Sagan … Nos relations étaient fondées sur
un malentendu qui ne pouvait manquer de se manifester dès
que mes hommages, au lieu de s’adresser à la femme
relativement supérieure qu’elle croyait être, iraient
vers quelque autre femme aussi médiocre et exhalant le
même charme involontaire. Malentendu si naturel et qui
existera toujours entre un jeune homme rêveur et une femme
du monde, mais qui le trouble profondément, tant qu’il
n'a pas encore reconnu la nature de ses facultés d’imagination
et n’a pas pris son parti des déceptions inévitables
qu’il doit éprouver auprès des êtres, comme au
théâtre, en voyage et même en amour (CG)
“Mais
oui” reprit la duchesse, en ajoutant de plus en plus aux
mots (qui étaient presque des mots de moi, car j’avais
justement émis devant elle une idée analogue), grâce à
sa prononciation, l’équivalent de ce que pour les
caractères imprimés on appelle “italique”… (CG)
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