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Je
savais maintenant que j’aimais Albertine; mais hélas! Je
ne me souciais pas de le lui apprendre … D’une part l’aveu,
la déclaration de ma tendresse à celle que j’aimais ne
me semblait plus une des scènes capitales et nécessaires
de l’amour; ni celui-ci, une réalité extérieure mais
seulement un plaisir subjectif … Malheureusement l’amour
tendant à l’assimilation complète d’un être, comme
aucun n’est comestible par la seule conversation …
L’amour commence, on voudrait rester pour celle qu’on
aime l’inconnu qu’elle peut aimer, mais on a besoin
d’elle, on a besoin de toucher moins son corps que son
attention, son cœur. On glisse dans une lettre une méchanceté
qui forcera l’indifférente à vous demander une
gentillesse, et l’amour, suivant une technique infaillible,
resserre pour nous d’un mouvement alterné l’engrenage
dans lequel on ne peut plus ni ne pas aimer, ni être aimé
(JF)
Par
élégance morale … Mais c’est bien à la présence,
dans l’esprit d’Andrée, d’une telle idée qu’elle
trouvait plus poli de me cacher, que semblait se rattacher
le mot “justement”. Il était de la famille de certains
regards, de certains gestes, qui, bien que n’ayant pas une
forme logique, rationnelle, directement élaborée pour
l’intelligence de celui qui écoute, lui parviennent
cependant avec leur signification véritable, de même que
la parole humaine, changée en électricité dans le téléphone,
se refait parole pour être entendue …. De même que le
“justement”, ces paroles n’avaient de signification
qu’au second degré. C’est dire qu’elles étaient de
celles qui (et non par les affirmations directes) nous
inspirent de l’estime ou de la méfiance à l’égard de
quelqu’un, nous brouillent avec lui (JF)
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