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je n’avais pas réussi à abstraire de moi-même mon
amour, à le faire rentrer dans la généralité des autres
et à en supporter expérimentalement les conséquences;
j’étais désespéré (JF)
Et
Swann, d’autre part, continuait sans doute d’être l’amant
à qui toutes ces particularités d’une ancienne maîtresse
semblent agréables ou inoffensives, car souvent j’entendis
sa femme proférer de vraies hérésies mondaines sans que
(par un reste de tendresse, un manque d’estime, ou la
paresse de la perfectionner) il cherchât à les corriger.
C’était peut-être aussi là une forme de cette simplicité
qui nous avait si longtemps trompées à Combray et qui
faisait maintenant que continuant à connaître, au moins
pour compte, des gens très brillants, il ne tenait pas à
ce que dans la conversation on eut l’air dans le salon de
sa femme de leur trouver quelque importance. Ils en avaient
d’ailleurs moins que jamais pour Swann, le centre de
gravité de sa vie s’étant déplacé … Swann était du
reste aveugle, en ce qui concernait Odette, non seulement
devant ces lacunes de son éducation, mais aussi devant la médiocrité
de son intelligence. Bien plus, chaque fois qu’Odette
racontait une histoire bête, Swann écoutait sa femme avec
une complaisance, une gaieté, presque une admiration où il
devait entrer de restes de volupté; tandis que, dans la même
conversation, ce que lui-même pouvait dire de fin, même de
profond, était écouté par Odette habituellement sans intérêt,
assez vite, avec impatience et quelquefois contredit avec sévérité
(JF)
Odette
représentait exactement tout ce avec quoi on venait de
rompre et d’ailleurs immédiatement de renouer (car les
hommes ne changeant pas du jour au lendemain cherchent dans
un nouveau régime la continuation de l’ancien) mais en le
cherchant sous une forme différente qui permit d’être
dupe et de croire que ce n’était plus la société d’avant
la crise (JF)
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