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ALL'OMBRA DELLE FANCIULLE IN FIORE


Avec un scrupule de précision que je gardai jusqu’à l’age où je compris que ce n’est pas en la lui demandant qu’on apprend la vérité sur l’intention qu’un homme a eue et que le risque d’un malentendu qui passera probablement inaperçu est moindre que celui d’une naïve insistance: “Mais, monsieur, lui dis-je, vous vous rappelez bien, n’est-ce pas, que c’est vous qui m’avez demandé que nous vinssions ce soir?” Aucun mouvement, aucun son ne trahit que M. de Charlus eut entendu ma question … Il me sembla voir flotter sur ses lèvres le sourire de ceux qui de très haut jugent les caractères et les éducations (JF)

“Mais l’important dans la vie n’est pas ce qu’on aime ” … “c’est d’aimer. Ce que ressentait Mme de Sévigné pour sa fille peut prétendre beaucoup plus justement ressembler à la passion que Racine a dépeinte dans Andromaque ou dans Phèdre, que les banales relations que le jeune Sévigné avait avec ses maîtresses. De même l’amour de tel mystique pour son Dieu. Les démarcations trop étroites que nous traçons autour de l’amour viennent seulement de notre grande ignorance de la vie … pour un temps du moins, vous avez la jeunesse et c’est toujours une séduction. D’ailleurs, monsieur, la plus grande des sottises, c’est de trouver ridicules ou blâmables les sentiments qu’on n’éprouve pas” (JF)

Or, de quelqu’un qu’on admire de confiance, on recueille, on cite avec admiration, des choses très inférieures à celles que livré à son propre génie on refuserait avec sévérité, de même qu’un écrivain utilise dans un roman, sous prétexte qu’ils sont vrais, des “mots”, des personnages qui dans l’ensemble vivant font au contraire poids mort, partie médiocre … c’est que dans l’état d’esprit où l’on “observe” on est très au-dessous du niveau où l’on se trouve quand on crée (JF)

M. Bloch père qui ne connaissait Bergotte que de loin, et la vie de Bergotte que par les racontars du parterre, avait une manière tout aussi indirecte de prendre connaissance de ses oeuvres, à l’aide de jugements d’apparence littéraire. Il vivait dans le monde des à peu près, où l’on salue dans le vide, où l’on juge dans le faux. L’inexactitude, l’incompétence, n’y diminuent pas l’assurance, au contraire. C’est le miracle bienfaisant de l’amour-propre que, peu de gens pouvant avoir les relations brillantes et les connaissances profondes, ceux auxquels elles font défaut se croient encore les mieux partagés parce que l’optique des gradins sociaux fait que tout rang semble le meilleur à celui qui l’occupe et qui voit moins favorisés que lui, mal lotis, à plaindre, les plus grands qu’il nomme et calomnie sans les connaître, juge et dédaigne sans les comprendre (JF)


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