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Ni
parmi les actrices, ou les paysannes, ou les demoiselles de
pensionnat religieux, je n’avais rien vu d’aussi beau,
imprégné d’autant d’inconnu, aussi inestimablement précieux,
aussi vraisemblablement inaccessible. Elles étaient, du
bonheur inconnu et possible de la vie, un exemplaire si délicieux
et en si parfait état, que c’était presque pour des
raisons intellectuelles que j’étais désespéré de ne
pas pouvoir faire dans des conditions uniques, ne laissant
aucune place à l’erreur possible, l’expérience de ce
que nous offre de plus mystérieux la beauté qu’on désire
et qu’on se console de ne posséder jamais en demandant du
plaisir … à des femmes qu’on n’a pas désirées, si
bien qu’on meurt sans avoir jamais su ce qu’était cet
autre plaisir. Sans doute, il se pouvait qu’il ne fût pas
en réalité un plaisir inconnu, que de près son mystère
se dissipât, qu’il ne fut qu’une projection, qu’un
mirage du désir. Mais, dans ce cas, je ne pourrais m’en
prendre qu’à la nécessité d’une loi de la nature –
qui si elle s’appliquait à ces jeunes filles-ci, s’appliquerait
à toutes – et non à la défectuosité de l’objet (JF)
“Rentrer”
et “nouvelle” n’étaient du reste pas des expressions
contradictoires, car pour le lift “rentrer” était la
forme usuelle du verbe “entrer”. La seule chose qui m’étonnait
était qu’il condescendit à dire “place”, car il
appartenait à ce prolétariat moderne qui désire effacer
dans le langage la trace du régime de la domesticité …
Et comme, par une contradiction absurde, le vocabulaire a,
malgré tout, chez les “patrons”, survécu à la
conception de l’inégalité, je comprenais toujours mal ce
que me disait le lift (JF)
Car
sans cela leur visage resterait éternellement dépourvu,
dans ma mémoire, de cette partie de lui-même – et comme
si elle était cachée par un voile – qui varie avec
toutes les femmes, que nous ne pouvons imaginer chez l’une
quand nous ne l’y avons pas vue, et qui apparaît
seulement dans le regard qui s’adresse à nous et qui
acquiesce à notre désir et nous promet qu’il sera
satisfait. Et pourtant même aussi réduit, leur visage était
pour moi bien plus que celui des femmes que j’aurais su
vertueuses et ne me semblait pas comme le leur, plat, sans
dessous, composé d'une pièce unique et sans épaisseur …
Mais c’était déjà assez de savoir qu’ils s’ouvraient
pour qu’ils me semblassent d’un prix que je ne leur
aurais pas trouvé s’ils n’avaient été que de belles médailles,
au lieu de médaillons sous lesquels se cachaient des
souvenirs d’amour … “Quelle femme délicieuse!”
comme on chante un refrain. Certes, ces paroles étaient
plutôt dictées par des dispositions nerveuses que par un
jugement durable. Il n’est pas moins vrai que si j’eusse
eu mille francs sur moi et qu’il y eut encore des
bijoutiers d’ouverts à cette heure-là, j’eusse acheté
une bague à l’inconnue. Quand les heures de notre vie se
déroulent ainsi que des plans trop différents, on se
trouve donner trop de soi pour des personnes diverses qui le
lendemain vous semblent sans intérêt. Mais on se sent
responsable de ce qu’on leur a dit la veille et on veut y
faire honneur (JF)
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