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Saint-Loup
faisait pour elle de tels sacrifices que, à moins qu’elle
fut ravissante …il semblait difficile qu’elle trouvât
un second homme qui en consentit de semblables (JF)
Ce
n’était peut-être pas, dans la vie, le hasard seul qui,
pour réunir ces amies, les avait toutes choisies si belles;
peut-etre ces filles (dont l’attitude suffisait à révéler
la nature hardie, frivole et dure) extremement sensibles à
tout ridicule et à toute laideur, incapables de subir un
attrait d’ordre intellectuel ou moral, s’étaient-elles
naturellement trouvées, parmi les camarades de leur age, éprouver
des la répulsion pour toutes celles chez qui des
dispositions pensives ou sensibles se trahissaient par de la
timidité, de la gêne, de la gaucherie, par ce qu’elles
devaient appeler “un genre antipathique”, et les
avaient-elles tenues à l’écart; tandis qu’elles s’étaient
liées au contraire avec d’autres vers qui les attirait un
certain mélange de grâce, de souplesse et d’élégance
physique, seule forme sous laquelle elles pussent se représenter
la franchise d’un caractère séduisant et la promesse de
bonnes heures à passer ensemble. Peut-être aussi la classe
à laquelle elles appartenaient et que je n’aurais pu préciser,
était-elle à ce point de son évolution où, soit grâce
à l’enrichissement et au loisir, soit grâce aux
habitudes nouvelles de sport, répandues même dans certains
milieux populaires, et d’une culture physique à laquelle
ne s’est pas encore ajoutée celle de l’intelligence, un
milieu social pareil aux écoles de sculpture harmonieuses
et fécondes qui ne recherchent pas encore l’expression
tourmentée produit naturellement, et en abondance, de beaux
corps aux belles jambes, aux belles hanches, aux visages
sains et reposés, avec un air d’agilité et de ruse …
Elles n’avaient à l’égard de ce qui n’était pas de
leur groupe aucune affectation de mépris, leur mépris sincère
suffisait (JF)
Si
nous pensions que les yeux d’une telle fille ne sont qu’une
brillante rondelle de mica, nous ne serions pas avides de
connaître et d’unir à nous sa vie. Mais nous sentons que
ce qui luit dans ce disque réfléchissant n’est pas du
uniquement à sa composition matérielle; que ce sont,
inconnues de nous, les noires ombres des idées que cet être
se fait, relativament aux gens et aux lieux qu’il connait
…les ombres aussi de la maison où elle va rentrer, des
projets qu’elle forme ou qu’on a formées pour elle; et
surtout que c’est elle, avec ses désirs, ses sympathies,
ses répulsions, son obscure et incessante volonté …Et
c’était par conséquent toute sa vie qui m’inspirait du
désir; désir douloureux, parce que je le sentais irréalisable,
mais enivrant, parce que ce qui avait été jusque-là ma
vie ayant brusquement cessé d’être ma vie totale, n’étant
plus qu’une petite partie de l’espace étendu devant moi
que je brouillais de couvrir, et qui était fait de la vie
de ces jeunes filles, m’offrait ce prolongement, cette
multiplication possible de soi-même, qui est le bonheur (JF)
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