Home Page
a
ALBERTINE SCOMPARSA


Mais à quoi bon, puisque si même, alors, elle avait eu le temps de se reconnaître, nous n’aurions compris l’un et l’autre où était notre bonheur, ce que nous aurions du faire, que quand, que parce que ce bonheur n’était plus possible, que nous ne pouvions plus le faire; soit que tant que les choses sont possibles, on les diffère, soit qu’elles ne puissent prendre cette puissance d’attrait et cette apparente aisance de réalisation que quand projetées dans le vide idéal de l’imagination, elles sont soustraites à la submersion alourdissante, enlaidissante du milieu vital. L’idée qu’on mourra est plus cruelle que mourir, mais moins que l’idée qu’un autre est mort, que, redevenue plane après avoir englouti un être, s’étend, sans même un remous à cette place-là, une réalité d’où cet être est exclu, où n’existe plus aucun vouloir, aucune connaissance et de laquelle il est aussi difficile de remonter à l’idée que cet être a vécu, qu’il est difficile, du souvenir encore tout récent de sa vie, de penser qu’il est assimilable aux images sans consistance, aux souvenirs laissés par les personnages d’un roman qu’on a lu (AD)

Nous croyons savoir exactement les choses, et ce que pensent les gens, pour la simple raison que nous ne nous en soucions pas. Mais dès que nous avons le désir de savoir, comme a le jaloux, alors c’est un vertigineux kaléidoscope où nous ne distinguons plus rien … C’était là encore une des conséquences de cette impossibilité où nous sommes, quand nous avons à raisonner sur la mort, de nous représenter autre chose que la vie (AD)

Les deux plus grandes causes d’erreur dans nos rapports avec un autre être sont avoir soi bon cœur ou bien, cet autre être, l’aimer. On aime sur un sourire, sur un regard, sur une épaule. Cela suffit; alors dans les longues heures d’espérance ou de tristesse, on fabrique une personne, on compose un caractère. Et quand plus tard on fréquente la personne aimée, on ne peut pas plus, devant quelques cruelles réalités qu’on soit place, ôter ce caractère bon, cette nature de femmes nous aimant, à l’être qui a tel regard, telle épaule, que nous ne pouvons quand elle vieillit, à une personne que nous connaissons depuis sa jeunesse, la lui ôter (AD)


[1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11]