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Si
j’étais d’humeur sombre, toutes mes colères contre
elle renaissent, je n’avais plus envie de l’embrasser,
je sentais l’impossibilité d’être jamais heureux par
elle, je ne voulais plus que lui faire du mal et l’empêcher
d’appartenir aux autres. Mais de ces deux humeurs opposées
le résultat était identique, il fallait qu’elle revint
au plus tôt. Et pourtant, quelque joie que put me donner au
moment même ce retour, je sentais que bientôt les mêmes
difficultés se présenteraient et que la recherche du
bonheur dans la satisfaction du désir moral était aussi naïve
que l’entreprise d’atteindre l’horizon en marchant
devant soi. Plus le désir avance, plus la possession véritable
s’éloigne. De sorte que si le bonheur ou du moins l’absence
de souffrances peut être trouvé, ce n’est pas la
satisfaction mais la réduction progressive, l’extinction
finale du désir qu’il faut chercher (AD)
(…) Les liens entre un être et nous n’existent que dans
notre pensée. La mémoire en s’affaiblissant les relâche,
et, malgré l’illusion dont nous voudrions être dupes et
dont, par amour, par amitié, par politesse, par respect
humain, par devoir, nous dupons les autres, nous existons
seuls. L’homme est l’être qui ne peut sortir de soi,
qui ne connaît les autres qu’en soi, et, en disant le
contraire, ment. Et j’aurais eu si peur, si on avait été
capable de le faire, qu’on m’osât ce besoin d’elle,
cet amour d’elle, que je me persuadais qu’il était précieux
pour ma vie … je tinsse ouverte cette porte de
communication que l’amour avait pratiquée en moi, et
sentisse la vie d’une autre submerger, par des écluses
ouvertes, le réservoir qui n’aurait pas voulu redevenir
stagnant (AD)
(…) On croit que selon son désir on changera autour de
soi les choses, on le croit parce que, hors de là, on ne
voit aucune solution favorable. On ne pense pas à celle qui
se produit le plus souvent et qui est favorable aussi: nous
n’arrivons pas à changer le choses selon notre désir,
mais peu à peu notre désir change (AD) (…) Et ce n’est pas seulement elle qui était devenue un être
d’imagination, c’est-à-dire désirable, mais la vie
avec elle qui était devenue une vie imaginaire, c’est-à-dire
affranchie de toutes difficultés, de sorte que je me disais:
“Comme nous allons être heureux!” (AD)
(…)
une femme que nous entretenons ne nous semble pas une femme
entretenue tant que nous ne savons pas qu’elle l’est par
d’autres. Et pourtant puisque je n’avais cessé de dépenser
pour elle tant d’argent, je l’avais prise malgré cette
bassesse morale; cette bassesse je l’avais maintenue en
elle, je l’avais peut-être accrue, peut-être crée (AD)
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